Il était une fois, dans une galaxie lointaine, très lointaine, un lieu imaginaire, un pays merveilleux appelé le ''Pays des souris''. 

C’était un lieu ou vivaient, travaillaient et jouaient toutes les petites souris, où elles naissaient et mourraient. 

Le pays des souris était bien organisé. Chacune avait sa place et jouait un rôle dans la société. Elles avaient même un parlement et tous les 5 ans, elles votaient pour leurs représentants. Ainsi, à chaque élection, toutes les petites souris avaient l’habitude de se rendre aux urnes et d’élire un gouvernement...un gouvernement de gros chats noirs ! 

Je n’ai rien contre les chats noirs. La plupart d’entre eux faisait bien leur travail. Ils dirigeaient leur gouvernement avec dignité et écrivaient de bonnes lois, c'est-à-dire des lois qui étaient bonnes pour les chats. Mais ces lois qui étaient bonnes pour les chats n’étaient pas bonnes pour les souris. Elles les trouvèrent même de plus en plus dures, et quand elles ne purent plus les supporter, quand la vie des souris fut devenue trop difficile, elles décidèrent qu’il fallait faire quelque chose. Il fallait que ça change !

Les liaisons dangereuses

  Emmanuel Macron vient d’annoncer son plan de sortie progressive du confinement. Parmi les décisions attendues, la réouverture des petits commerces qui avaient été fermés sans réelle logique épidémiologique, la levée de l’interdiction de circuler à plus d’1km autour de chez soi, l’organisation prudente des fêtes de fin d’année et l’arrivée miraculeuse d’un vaccin. A un mois tout juste du 25 décembre, le père de la Nation se transforme en Père Noel et distribue les premiers cadeaux. Alléluia !

  Hormis la décision ubuesque sur les stations de ski et l’acharnement à maintenir fermés les bars et restaurants, les annonces du chef de l’état sont évidemment les bienvenues. Elles n’ont cependant rien de surprenant. Depuis 72h en effet, elles étaient abondamment commentées par la presse qui semblait avoir été préalablement informée de l’ensemble des mesures prises par l’exécutif. Sur les plateaux radio et TV, les experts défilaient pour peser le pour et le contre - principalement le pour - des décisions qui allaient être annoncées. Même le vocabulaire présidentiel était analysé, sorte d’explication de texte, pour mieux saisir la portée de la pensée Macronienne. Dans cette nouvelle allocution officielle, il serait donc question de cohérence, de clarté, de cap et de perspective. Ce vocable, ces expressions, se retrouveront sans surprise au coeur du discours présidentiel. Pas question en revanche de parler de déconfinement ; un mot volontairement banni du vocabulaire gouvernemental. Préférez plutôt le terme ‘’allègement des contraintes’’, plus convenable.

Comment de telles prémonitions sont-elles possibles ? 

  Tout ceci relève d’une mise en scène méticuleusement orchestrée. Une sorte de jeu de rôle dont chacun connait sa partition sur le bout des doigts. D’un coté, l’Exécutif veut imposer des mesures difficiles, voire impopulaires mais souhaite éviter l’hostilité des Français. Pour les faire accepter par une population qui a perdu toute confiance dans son action, il mandate les médias de masse afin de dégoupiller l’effet de surprise qui pourrait être nuisible à leur mise en oeuvre. Le rôle de la presse consiste donc à préparer l’opinion et tester ses réactions face aux mesures qui seront, non pas annoncées mais confirmées quelques heures plus tard par le chef de l’état. Un mot d’ordre pour cette mission d’intérêt général : Ne pas heurter, préparer les esprits, éviter les réactions d’oppositions, obtenir l’assentiment de la population, convaincre les plus suspicieux. 

  Pour que la mise en scène fonctionne, il faut que les rouages soient bien rodés. Les services de com de l’Elysée organisent les fuites et distillent l’information en choisissant les journalistes accrédités. Tandis qu’un second couteau de l’équipe gouvernementale dévoilera les premières pistes dans un canard régional, la presse nationale évoquera une information qu’elle aura obtenue d’une source ‘’proche du pouvoir’’, c’est-à-dire des services de com du Château. Les mots clefs et les éléments de langage seront fournis comme un mode d’emploi qu’il conviendra de relayer sans faiblir. Les chaînes d’info continue organiseront des débats contradictoires destinés à fournir un pré-caché d’arguments favorables à la royale décision. 

  Pour assurer la bonne diffusion du message gouvernemental, l’Elysée pourra s’appuyer sur l’Agence France Presse (AFP) dont les dépêches font office de vérité incontestable et incontestée. L’AFP est en effet la principale source d’information de toutes les rédactions nationales. Elle n’a pas d’équivalence pour décider de ce qu’il convient de diffuser, ou de taire aux citoyens. La nomination dans des conditions rocambolesques de Fabrice Fries, un proche d’Emmanuel Macron, à la tête de l’institution en 2018, devrait donc éveiller quelques soupçons. Dans une lettre ouverte adressée à leur ministre de tutelle, trois administrateurs de l’Agence estiment que cette nomination n'assure pas "une réelle indépendance de l'agence vis-à-vis de l'État" et soulève des questions de conflits d’intérêts. Cette élection aux forceps, sans concurrent, est d’autant plus inquiétante qu’elle intervient dans la foulée de celle de Sybil Veil, camarade de promo du chef de l’état à l’ENA, à la tête de Radio France. Pour le politologue Eric Verhaeghe, « Il y a un problème grandissant, de moins en moins compris de l'opinion publique, c'est l'intervention de l'État dans le domaine de l’information. L’État est à la recherche d'une présence dans les médias ». Il ajoute : « Je ne vois pas pourquoi ce qui est condamné en Russie ne le serait pas en France ».

  Les liens incestueux entre politique et média ne sont malheureusement plus à prouver. Les Souris ne doivent pas être dupes du petit théâtre politico-médiatique qui se joue sous leurs yeux. Lorsque le pouvoir a quelque chose à nous vendre, un candidat, un confinement, une loi…un vaccin, il peut compter sur la loyauté sans faille d’une télé-à-Chat dévouée et à son service.

Le dîner de cons...

  Vous organisez un dîner pour une dizaine de personnes. Pour être certain de les impressionner, vous vous lancez dans la préparation de recettes exotiques rapportées de votre dernier voyage en Chine. Effet garanti. Au menu, vos invités auront le choix entre la soupe de pénis de tigre infusé au gingembre, les oeufs pourris, le rôti de chat, le scorpion grillé, les testicules de poulets marinés, le sauté de crocodile ou les yeux de poissons bouillis. De telles recettes peuvent surprendre mais cette passion particulière pour l’escalope de chien ou le ragoût de chauve-souris constitue l’alimentation de base de près d’un milliard et demi d’habitants de la planète.

  A la fin du repas vous demandez à vos convives de choisir le plat qu’ils ont préféré. En majorité ils répondent le sauté de crocodile au détriment du ragoût de chauve-souris ou de la soupe de pénis de tigre. Savez-vous seulement s’ils ont aimé leur plat ? Ils pourraient bien avoir partagé le pire repas de leur vie à ingurgiter des préparations indigestes. Sans doute le crocodile était moins difficile à avaler que le reste, mais ce n’était pas votre question. Vous aviez demandé ce qu’ils avaient préféré, pas s’ils avaient aimé. La satisfaction de vos invités ne compte pas dans cette question. 

  Au prochain repas, peut-être serez-vous tenté de cuisiner les mêmes plats, les mêmes recettes. Ne serait-ce pas là une erreur liée aux informations tronquées que vous avez obtenues la première fois ? Peut-être que vos invités auraient préféré vous dire qu’ils n’aiment pas votre cuisine. Mais comment le saurez-vous puisqu’à aucun moment vous ne leur avez posé la question. Jamais vous ne remettrez en question votre cuisine. Jamais vous ne proposerez de nouveaux plats. A quoi bon puisqu’ils préfèrent le crocodile !

   Ne vous étonnez pas si, lorsque vous les inviterez à nouveau, ils déclinent poliment l’invitation. Ils savent déjà que le menu ne leur convient pas et préfèreront s’abstenir plutôt que de devoir avaler de force un plat qui leur restera en travers de la gorge.

  C’est à ce type de festin que les électeurs sont invités en 2022. Depuis trop longtemps, les Français nourrissent le sentiment d’être les convives d’un dîner dont ils n’ont pas choisi le menu. Scrutins après scrutins, ils confirment leur refus de participer au repas dominical au cours duquel les mêmes plats, les mêmes ingrédients et les mêmes vieilles recettes leurs seront servies. C’est ainsi que pourrait se résumer le casting de 2022. Macron, Le Pen, Mélenchon, Bertrand, Dupont-Aignan et son cortège de faux candidats habituels. Un véritable dîner de cons dont le menu semble se répéter invariablement, années après années, obligeant les électeurs à choisir par défaut entre la fricassée de testicules de poulet et la marinade de tripes en gelée. 

  Depuis 40 ans, nous nous obstinons à voter contre le plus mauvais des Chats, passant alternativement des Chats noirs aux Chats blancs, Siamois, rayés, ou bi-couleurs, comme s’il suffisait de changer la couleur des Chats pour changer la vie des Souris. Combien de temps encore allons-nous accepter de croire en de telles illusions ?  

   Et si on arrêtait d’être cons ?

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Ali Mélenchon et les 150.000 citoyens

  Vous avez été nombreux à réagir à l’émission consacrée à Jean-Luc Mélenchon sur BFMTV. C’est au cours de cette émission que le leader de la France Insoumise a mis fin à l’insoutenable suspens qu’il entretenait depuis plusieurs mois au sujet de sa candidature pour la présidentielle de 2022. Le voile est donc levé. Fort du soutien de 150.000 signatures citoyennes, Jean-Luc Mélenchon aurait reçu la légitimité populaire de s’élancer pour une 3ème tentative. 

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   Ce chiffre de 150.000 aurait pu être plus ambitieux. La page Wikipedia de la France Insoumise revendiquant plus de 600.000 adhérents,  on se demande où sont passés les 450.000 restants. Et les 7 millions d’électeurs du premier tour de 2017, que sont-ils devenus ? Le moins qu’on puisse dire est qu’on est loin du plébiscite populaire.

   Pour justifier ce chiffre, Jean-Luc Mélenchon invoque la mémoire de Lionel Jospin qui, en 2012, avait formulé une proposition analogue dans un rapport remis à François Hollande. Il lui aura donc fallu 8 ans pour comprendre l’intérêt d’une telle mesure ; 8 ans pour passer du mutisme à la rédaction d’une proposition de loi qu’il promet pour le mois de mai 2021 ; 8 ans et la diffusion d’un article du Pays des Souris pour en démontrer les vertus démocratiques. Car vous n’êtes pas sans vous rappeler que le principe de parrainages citoyens avait fait l’objet d’une Newsletter que je vous avais adressé le 14 octobre 2019. Pour ceux qui ne l’auraient pas reçu, je vous invite à retrouver l’article original

   Je tiens donc à préciser, puisque l'actualité m'y contraint, que contrairement aux apparences je n’ai pas rejoint les rangs de la France Insoumise. Non, je ne me suis pas mis "en marche" derrière son charismatique Lider Maximo. Si Jean-Luc Mélenchon reprend à son compte la mécanique de parrainages citoyens telle que je l’ai expliquée dans mon article d’octobre dernier, c’est tout simplement qu’on lui aura soufflé au creux de l’oreille. Vous êtes en effet plus de 4.000 à recevoir régulièrement la newsletter du Pays des Souris. Parmi vous, certainement, des militants de la France Insoumise qui auront jugé opportun de lui soumettre la bonne idée. 

  Le rapt intellectuel est extrêmement répandu en politique. J’y consacre un chapitre dans le Livre des Souris que je compte publier pour la rentrée de septembre 2021. Comme tous les partis politiques, la France Insoumise ne déroge pas aux traditions de la Vème République. Elle fait son marché, picore çà et là les idées qu’elle estime bankable et les accommode à sa sauce pour les intégrer à un catalogue de promesses électorales. 

   Je suis évidemment flatté que mes propositions soient reprises par des personnalités politiques de premier plan et alimentent ainsi le débat public. Je regrette toutefois que ceux qui se les approprient omettent de citer l’origine de « leurs » brillantes découvertes, non pas que je revendique un quelconque droit de paternité sur une idée déjà évoquée en 2012, mais parce que leur silence à mon endroit m’implique contre ma volonté.

   En s’appropriant les idées des Souris, les Chats qui tentent de conquérir ou de conserver le pouvoir, laissent croire qu’ils seraient les seuls à disposer des compétences utiles à l’élaboration d’un projet politique crédible. Ceci est évidemment préjudiciable au renouvellement indispensable de nos élites. Mais il y a une morale à cette histoire. Un Chat, beau-parleur et charismatique, sachant parler le langage des Souris restera toujours un Chat. 

   Parole de Souris

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