Lundi 11 Mai

  Comme 36 millions de Français, j’étais devant mon poste de télé ce soir, lundi 13 avril. J’ai écouté avec attention l’allocution solennelle du Président de la République. Il y avait dans ce discours des informations que j’ai comprises, d’autres pas.

  Ce que j’ai compris est que la France n’était pas préparée à l’arrivée du Covid-19. Mais ça, je l’avais déjà compris quand le gouvernement a essayé de justifier l’absence de masques en expliquant qu’ils étaient inutiles, voire que nous étions trop cons pour les utiliser correctement.

  J’ai également compris qu’après les masques chirurgicaux, les masques canards et les masques FFP2, il y aurait bientôt des masques « grands public ». En revanche je n’ai pas compris à quoi correspondaient exactement ces masques grand public ni de quoi ils allaient me protéger, ou pas.

 J’ai compris qu’à partir du 11 mai, tester tout le monde n’aurait aucun sens et qu’il suffirait de tester les personnes présentant des symptômes de la maladie afin de les placer en quarantaine. J’ai évidemment compris qu’on nous refaisait le même coup qu’avec les masques. Il est évident que  s’il y avait suffisamment de tests pour tout le monde, tout le monde serait testé. D’autres pays l’ont déjà fait.

  J’ai compris que « l’épidémie n’était pas encore maitrisée » et qu’une « très faible minorité des Français avait été infectée par le virus » mais les crèches, écoles, collèges et les lycées pourront rouvrir leurs portes dès le lundi 11 mai. 

  Ça, je ne l’ai pas bien compris. 

  Les théâtres, les restaurants, les cinémas et les musées resteraient interdits au public, mais mon fils pourra retourner au collège en toute sécurité.

  Non, là je comprends pas. 

  La culture est à l’arrêt, les spectacles et les festivals d’été annulés, mais les enfants pourront se retrouver à plus de 30 par classe, sans danger.

  Non, ça je ne comprends pas.

  Les événements sportifs internationaux comme la coupe du monde de Rugby, Rolland Garros, Wimbledon, l’Euro de foot ou les Jeux Olympiques sont effacés du calendrier, mais mon fils sera en sécurité dès le 11 mai au milieu de 3000 autres élèves.

  Non, décidément, je n’arrive pas à comprendre..

 J’ai bien compris que les joggers devaient respecter une distance de plusieurs mètres entre eux pour éviter les projections, mais des centaines d’enfants pourront à nouveau courir dans les cours de récréation… 

  Non, je ne comprends toujours pas…

  J’ai bien compris que les personnels soignants devront porter des équipements spéciaux dans les EHPAD pour s’occuper des résidents, mais aucune protection particulière n’est prévue pour les enseignants et leurs élèves.

  Non, ça non plus je ne le comprends pas…

 

  En fait, j’ai peur de comprendre. L’économie est au plus mal. Les mesures de protection des entreprises, des salariés et des indépendants coûtent un pognon de dingue. Les caisses de Bercy sont vides. Alors la solution s’impose d’elle-même. Renvoyer les enfants au casse-pipe pour que les travailleurs puissent retourner au travail.

  Mais que les petites Souris besogneuses se rassurent. Le roi des Chats a annoncé qu’à partir du lundi 11 mai, le port de masques deviendrait « systématique ». Emmanuel Macron n’a pas prononcé le mot « obligatoire ». Au pays des Souris, il y a des mots qui fâchent. Il a juste dit « systématique ». Peut-être aurez-vous compris la différence. 

  Moi, pas. 

 

©Stephane Guyot 2020- Tous droits réservés