Brexit, le peuple (re)prend le pouvoi

A moins que vous ne viviez sur une ile isolée du Pacifique, vous n’avez pu échapper à l’information qui tourne en boucle sur les chaines d’information depuis 48h : Les britanniques ont voté leur sortie de l’Europe.

Certains considèreront cette décision comme une catastrophe économique. D’autres s’étonneront d’un tel ramdam politico-médiatique dans la mesure où nos amis britanniques n’appartenaient ni à la zone Euro, ni même à l’espace Schengen. Sur les réseaux sociaux, on s’amuse déjà à calculer ce que coutera de changer les drapeaux européens officiels, désormais mutilés d’une étoile.

Ils sont nombreux en France à se réjouir de ce résultat, y voyant même les prémices d’une déconstruction programmée de cette Europe jugée trop technocratique et trop éloignée des citoyens. Les appels à l’organisation d’un referendum sur la sortie de la France ne se sont d’ailleurs pas fait attendre. Mais au risque de passer pour le mouton noir qui plombe l’ambiance, il me parait important de rappeler une réalité, aussi froide et implacable soit-elle : Un tel referendum n’aura jamais lieu dans notre pays. La raison est simple. Ceux qui nous gouvernent ne prendront pas le risque que le résultat leur échappe. Ils ont trop à y perdre !

Mais au-delà de toute forme de jugement sur le bien-fondé, ou non, de ce Brexit, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne vient avant tout confirmer une tendance initiée il y a quelques mois un peu partout en Europe.

En effet, comment oublier le referendum de la Grèce et le pied de nez - pour ne pas dire le bras d’honneur - du peuple Grec aux institutions Européennes ?

En Islande, les citoyens eux-mêmes ont engagé un processus démocratique ayant pour objectif l’écriture d’une nouvelle constitution.

En Espagne, c’est à travers les urnes et la prise de quelques villes emblématiques que le mouvement populaire Podemos a connu ses premières victoires sur le pouvoir politique traditionnel.

En Italie, c’est le mouvement 5 Etoiles de l’humoriste Beppe Grillo - véritable Coluche à l’italienne - qui s’est illustré il y a quelques jours à peine en s’emparant de la ville de Rome sans la moindre expérience ni compétence politique.

En refusant de se soumettre à la pensée unique imposée par l’habituel matraquage médiatique, le référendum britannique confirme donc cette dynamique citoyenne et le retour des peuples dans la vie politique. Une leçon de démocratie donnée par les ‘’sujets de sa Majesté’’ à ces oligarchies méprisantes qui ignorent facilement l’avis des citoyens au nom de « vérités » qu’elles prétendent détenir. Ce refus assumé ne doit pas être interprété comme un repli sur soi. Il ouvre au contraire la perspective d’une sortie de la soumission intellectuelle que nous imposent les partis politiques et résonne comme un appel à oser penser par nous-mêmes.

Le Référendum sur la sortie de l'Angleterre de l'UE nous renvoie inévitablement a celui qui, en 2005, avait eu pour résultat le refus des Français d’y entrer. Il ne faut pas négliger la capacité de résilience d'un système lorsqu'il se sent menacé. Espérons que la décision du peuple anglais ne subisse le même sort que celle qui, en France, avait été bafoué par nos gouvernants.

©Stephane Guyot 2020- Tous droits réservés