Si j'étais candidat en 2022

   La campagne de 2017 a révélé une difficulté que mon engagement désintéressé ne m’avait pas permis d’apprécier à sa juste valeur. Les électeurs votent pour quelqu’un qui promet de faire des choses. Peu importe qu’il les fasse ou non après son élection. Une fois élu, il aura 5 ans pour changer d’avis et justifier ses renoncements. Cette certitude désormais acquise, j'ai imaginé de quelle manière le projet du « candidat-blanc » de 2017 pourrait évoluer en candidature citoyenne pour 2022. 

 

   Si j’étais candidat à la prochaine présidentielle, je serais porteur d’un projet collectif élaboré avec de nombreuses petites Souris issues du monde associatif et de la société civile. Les Français auraient été consultés préalablement à l’élaboration du projet afin qu’ils expriment leurs attentes sur 5 thématiques piliers de mon programme : Institutions, écologie, fiscalité, sécurité, santé.

   Si j’étais candidat en 2022, l’économie du pays serait au service de la population, et non au service des marchés financiers. J’imposerais aux actionnaires du CAC40 un « effort pour la nation », sorte de plan Marshall consistant à geler leurs 50 milliards de dividendes pour les réinjecter dans l’économie réelle du pays. Je lancerais le chantier du Revenu Universel et inscrirais dans la Constitution le principe de Règle d’Or interdisant le vote d’un budget en déficit. J’organiserais un audit des finances publiques et réformerais les 457 niches fiscales qui privent les caisses de l’état de près de 85 milliards de recettes par an.

   Si j’étais candidat en 2022, des mesures de bon sens visant à favoriser l’égalité et le vivre ensemble seraient engagées. En signe de respect de toutes les croyances, j’instaurerais un jour férié œcuménique commun aux trois religions monothéistes. La vie animale serait sanctuarisée. L’égalité entre les femmes et les hommes serait la règle dans tous les domaines. La « garantie des besoins essentiels » serait préférée au sacro-saint « pouvoir d’achat » qui nous pousse vers un consumérisme compulsif hors de contrôle. Le principe de « sobriété heureuse » si cher à Pierre Rahbi serait ma philosophie ; la consommation raisonnée ma doctrine économique.

   Si j’étais candidat à la présidentielle de 2022, je m’engagerais pour un mandat de deux ans à l’issue duquel je proposerais, par referendum, qu’il soit maintenu, ou non, pour les trois années suivantes. Les membres de mon futur gouvernement seraient connus avant le scrutin. Ainsi, les électeurs ne voteraient pas pour un Messie providentiel mais pour un véritable projet de société, des mesures concrètes et une équipe pour le mettre en application immédiatement. Les citoyens disposeraient d’un droit de regard sur l’action de mon gouvernement. Je transformerais le CESE en Chambre Citoyenne, supprimerais les 1.250 « comités Théodule », véritables planques dorées de la République et abolirais tous les privilèges des anciens présidents.

   Au cours de cette période, je lancerais les réformes choc indispensables que le monde politique refuse d’engager. La « conscience de la Terre » serait à l’épicentre de chaque décision ; aucune loi ne serait votée sans une prise en compte de ses conséquences sur la planète. Une nouvelle Constitution serait à l’étude. Elle aurait à définir des règles équitables du jeu démocratique, revaloriser le rôle du citoyen au cœur de nos institutions, établir les modalités de désignation des futurs candidats, respecter leur égalité de traitement dans les médias et encadrer le pouvoir des élus par un contre-pouvoir populaire non-partisan. Le Referendum d’Initiative Citoyenne serait réellement à l’initiative des citoyens. Il serait possible de proposer, amender ou abroger une loi dès lors qu’une part significative de la population en aurait validé la demande. Les élections auraient lieu à un seul tour et à la proportionnelle intégrale. Le vote blanc serait intégré au calcul des résultats. 

   Si j’étais candidat en 2022, je me présenterais devant les français comme le représentant de toutes celles et ceux qui s’abstiennent par conviction et qui votent blanc ou nul par exigence. Je serais la personnification faite de chair et de sang d’un ressentiment, d’une colère, d’un ras-le-bol et d’une frustration populaire justifiée. Je m’engagerais à gérer la France comme un patron de PME le ferait de sa propre entreprise. J’en déterminerais le cap, fixerais les objectifs et m’entourerais des personnes compétentes pour les atteindre. Ces personnes seraient recrutées pour leur expertise et leur expérience, non pour leur appartenance à telle ou telle étiquette.  

   Si j’étais candidat en 2022, le scrutin présidentiel ne serait pas une finalité mais un moyen. Mon objectif serait d’ouvrir les portes de l’Assemblée nationale à 577 Souris directement issues du terreau citoyen afin d’apporter au parlement une véritable représentation de la population, respectueuse de sa diversité sociale et culturelle. Car c’est à l’Assemblée nationale que les lois sont votées, pas à l’Elysée. C’est donc dans cette enceinte que la représentation nationale devra se conformer avec la complexité et la richesse des individus, de leur classe sociale, leurs convictions, donc de leurs opinions. 

   Pour pouvoir être présenté aux Français, un tel projet collectif devrait évidemment surmonter de nombreux obstacles, qu’il s’agisse du barrage financier, de la censure médiatique ou du droit de veto politique que représente le parrainage arbitraire de 500 élus. Mais en dépit de difficultés évidentes, les mots de Mark Twain résonnent au fond de moi comme une rengaine entêtante : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ».