L'Impuissance des mouvements citoyens

J’aimerais vous raconter une histoire.

 

Guitare en bandoulière, un jeune auteur-compositeur parcourt les cabarets de Bruxelles regroupés au sein d’un quartier connu sous le nom de « l’îlot Sacré ».

Sur scène, il ne lui est pas facile d’attirer l’attention des propriétaires et des publics qui préfèrent à ses poèmes chantés de « boy-scout » les airs endiablés de rock, rythmés et assourdissants, mais toujours plébiscités par un auditoire venu se défouler sur les pistes de danse.

Le jeune artiste ne se désespère pas pour autant et persévère. Il décide de s’éloigner du tumulte des cabarets et de se mettre au silence afin d’enregistrer chez lui une chanson à la guitare qu’il enverra dans la foulée à un agent réputé à Paris. C’est dans le silence de son bureau parisien que cet agent écoutera la bande-son ; il demandera le lendemain-même au jeune chanteur de venir le rejoindre en France.

Cette chanson avait pour titre « Quand on a que l’Amour » et si Jacques BREL ne s’était pas éloigné du fracas des cabarets bruxellois en 1957, nous n’aurions pas connu la série de succès qui ont suivi. 

Reconnaissez que nous l’aurions tous déploré.

 

Pourquoi vous raconter cette histoire ? 

 

A l’instar du vacarme musical des cabarets en vogue, le bruit incessant et permanent généré par les grands partis qui s’expriment à longueur de journées sur les ondes radio ou TV empêche les mouvements citoyens méconnus du public de faire entendre leur voix, leurs propositions, leurs innovations…en un mot : leur différence.

Ceci n’est évidemment pas le fruit du hasard. 

En monopolisant le temps de parole médiatique - y compris pour étaler leurs querelles intestines - les partis politiques limitent volontairement l’ensemble du débat politique à leurs seuls mouvements, réduisant ainsi le principe de ‘’choix’’ à leurs candidats exclusifs. Sachant que les électeurs votent pour ce qu’ils voient à la télé, cette omniprésence médiatique n’est pas sans conséquences. Elle garantit la victoire des candidats des partis et renvoie à l’état de groupuscules farfelus tous les mouvements ne bénéficiant pas de la caution morale des médias nationaux.

 

Aussi révoltante soit-elle, l’impuissance des diverses initiatives non partisanes qui cherchent à faire entendre leur musique dans le concert politique est indéniable. Chacun de ces mouvements citoyens défend pourtant un projet et des idées qui mériteraient d’être portées à la connaissance des électeurs. Or, quelle que soit la qualité des propositions qu’ils peuvent formuler, celles-ci resteront inaudibles tant que les médias de masse continueront à marteler nos oreilles des mêmes rengaines usées. 

Dans un tel contexte, il apparait totalement illusoire d’espérer combattre un système politico-médiatique parfaitement organisé et solidaire en cherchant la confrontation des idées. Ce combat-là serait perdu d’avance. « Le peuple ne sera pas de taille en face d’un pouvoir qui a tout prévu pour la bataille », chantait Daniel Balavoine, un autre chanteur.

 

Pour contourner cette impuissance programmée à agir, la solution consiste donc à fédérer, non pas sur le terrain des propositions, mais sur le sentiment de ras-le-bol légitime partagé par la majorité de nos concitoyens. Car la réalité, implacable, est que rien ne sera possible en 2017 tant que, dans un premier temps, nous n’aurons pas dit STOP à l’assommante cacophonie politique qui encombre quotidiennement l’espace médiatique et pollue nos oreilles autant que notre capacité à envisager un véritable renouveau démocratique.

Ce bouton d’arrêt, préalable absolu à toute réflexion constructive, c’est le ‘’candidat du vote blanc’’. Un candidat qui n’a pas vocation à gagner l’élection ni exercer son mandat. Un candidat qui ne porte aucun programme si ce n'est d'être l'incarnation d'un "NON", clair et non négociable. Un refus globale, lucide et exigeant ayant pour conséquences de renvoyer aux vestiaires les candidats des partis et provoquer par un électrochoc électoral cette indispensable prise de conscience citoyenne que d’autres choix sont possibles. Sans cette nécessaire mise en sourdine du vacarme politique, aucune voix dissonante ni projet alternatif ne sera audible. Le trio UMP/PS/FN, et son orchestre de laquais soupirants après un poste, continuera à s’accaparer les écrans…et les mandats. 

 

Nier cette réalité objective constituerait une erreur stratégique fatale pour l’ensemble des ‘’petits candidats’’ qui voient dans l’élection présidentielle une opportunité, façon Star Academy, de se faire entendre. A l’heure où nombre d’entre eux se laisseront prendre au jeu des primaires dites ‘’citoyennes’’ - y compris celles pilotées en coulisse par des partis - c’est le peintre Kandinsky qui nous montre la marche à suivre : « Le blanc sonne comme un silence, un rien avant tout commencement », disait-il.

 

Prenons à la lettre ses recommandations. D’abord arrêter la musique ; Ensuite réécrire la partition.

©Stephane Guyot 2020- Tous droits réservés