Régionales 2021 :
les larmes de crocodile

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  Combien de temps encore allons-nous commenter les records d’abstention sans jamais y répondre ? A combien de ‘’coup de tonnerre’’ ou de ‘’véritables séismes’’ allons-nous encore assister avant de réfléchir à ce qui pourrait lutter contre cette abstention majoritaire qui fragilise la légitimité des élus ? Combien de temps allons-nous laisser une minorité militante décider pour le peuple Français tout entier ?

   Après la gifle à Emmanuel Macron, c’est une gifle inédite qui vient d’être portée à la démocratie. Avec plus de 66% d’abstention, un nouveau palier a été franchi. Difficile de s’accorder sur une interprétation fidèle de cette abstention. Entre désaveu et désintérêt, l’utilité de ce scrutin manquait cruellement de visibilité. Politiques et médias avaient fait le choix de le dénaturer et lui donner une dimension nationale, un test grandeur nature avant 2022. Mais en refusant de participer, les électeurs ont fait un autre choix, celui de laisser en place les candidats sortants. Merci pour eux…

  Tandis que les commentateurs se lamentaient une fois de plus sur la faible représentativité des gagnants, les têtes de gondoles des partis versaient des larmes de crocodile sur le peu de participation des électeurs. Car, faut-il le rappeler, l’abstention n’est un drame que pour la démocratie. Du coté des élus en revanche, l’absence d’opposition électorale est une formidable aubaine qui leur permet d’être élus par leurs propres militants, c’est-à-dire une minorité. Une victoire peu glorieuse, certes, mais une victoire quand même. Après tout, seul le résultat final - et le mandat - compte.   

   Le danger d’un tel niveau d’abstention est qu’il réveille de vieux démons. De nombreux commentateurs présentent en effet le vote obligatoire comme une solution au message abstentionniste. Comme s’il suffisait de mettre un revolver sur la tempe de l’électeur pour que les candidats désavoués retrouvent un regain d’intérêt et de crédibilité. Le vote obligatoire est évidemment une fausse bonne idée comme seuls les politiciens savent les concevoir. Il ne fait que répondre artificiellement à un symptôme sans chercher à comprendre les raisons profondes qui poussent l’électeur à bouder les urnes. 

 

   D’autres solutions plus constructives et plus respectueuses de l’opinion des électeurs pourraient être envisagées. Nous pourrions établir un seuil de participation en-deça duquel la légitimité du scrutin serait altérée. Dès lors que 50% des électeurs inscrits ne se seraient pas déplacés le jour du vote, le résultat du scrutin serait considéré comme insuffisamment représentatif, donc invalide. Ce mode de calcul, également appelé quorum, existe déjà. C’est le cas notamment lors des assemblées de copropriétés, d’élections professionnelles ou des AG de certaines associations. Le quorum détermine le nombre minimum requis de votants permettant de valider une décision. Lorsque le quorum n'est pas atteint, la réunion ne peut avoir lieu faute de quoi les décisions votées seraient invalides.

   Pour accompagner la mise en place d’un tel quorum, et éviter les risques de blocage pour cause de non-participation systématique, les électeurs auraient la possibilité de voter blanc. Ce vote blanc serait intégré au calcul des suffrages exprimés. Ainsi, sans qu’il soit utile de voter sous la contrainte d’une sanction administrative ou financière, les électeurs retrouveraient massivement le chemin des isoloirs et pourraient exprimer librement, s’ils le souhaitent, un désaccord électoral clairement identifié. 

   Alors que la crise de la représentativité est aussi visible qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine, le premier tour des régionales nous rappelle cette évidence : une démocratie sans électeurs n’est pas une démocratie. Il nous oblige à une réflexion de fond sur l’état de nos institutions et pose la seule question qui compte : Combien de temps encore allons-nous déblatérer dans le vide avant d’engager les réformes indispensables des règles du jeu démocratique ?