Liberté, Egalité...Chrétienté

Il aura fallu moins d’une heure pour que l’union nationale consacrée autour des attentats de Charlie ne vole en éclat après le massacre de Nice. 

C’est en la personne de Christian Estrosi, ancien Maire de Nice, que la première salve de critiques a été lancée. Reprise quelques heures plus tard par Alain Juppé, la surenchère sécuritaire allait atteindre le paroxysme du ridicule quand Henri Guaino proposera d’équiper notre police nationale de lance-roquettes, rien de moins…

L’indécence du politique n’a pas de limites !

il est loin, l’esprit du 11 Janvier, quand les responsables de tous bords défilaient en tête de cortège, main dans la main, comme pour affirmer l’unité d’une Nation meurtrie face à l’horreur du terrorisme. Fini le temps de la concorde nationale. Place à la récupération !

Parce que voilà, l’autre drame de l’attentat de Nice est qu’il intervient en pleine période pré-électorale, et à 3 mois à peine de la primaire de la droite. Toute exploitation politicienne d’un évènement, aussi tragique soit-il, est donc permise. La guerre des petites phrases et des formules choc est ouverte. 

 

A ce jeu-là, il faut reconnaitre que le candidat Sarkozy n’est pas le plus maladroit. 

Première étape de la campagne de communication post-attentat : la déclaration officielle. Une déclaration qui, à l’instar de celle de ses collègues - et néanmoins concurrents - de droite, a insisté sur les manquements supposées du gouvernement actuel. Venant de celui qui avait été surnommé ‘’premier flic de France’’, cette critique sécuritaire était bien le minimum auquel on pouvait s’attendre.

Le second volet de la communication du candidat Sarkozy s’est focalisé sur son positionnement culturel. Impossible en effet d’échapper à cette photo de famille, Estrosi - Sarkozy - Ciotti, paroissiens d’un jour, assistant à la messe qui s’est tenue vendredi soir en hommage aux 84 victimes de l’attaque de la veille. Quand on connait les codes de la communication politique et l’utilisation de ses symboles, ce n’est évidemment pas anodin de s’afficher dans une église catholique alors qu’un nouvel attentat vient d’être perpétré au nom d’un islamisme radical.

Ce vendredi soir, en la cathédrale Sainte-Réparate de Nice, assis au premier rang, Nicolas Sarkozy et ses acolytes ne font pas que se recueillir en mémoire des victimes. Ils adressent un message politique à la France. Et ce que nous disent les 3 hommes, gardiens auto-proclamés de nos traditions chrétiennes, tient davantage du positionnement identitaire que du discours politique à proprement parler. Un positionnement jusque-là défendu par un Front National également, et plus discrètement, représenté à la cérémonie.

 

Le décor maintenant planté, ne reste plus qu’à s’adresser à la Nation blessée et compatissante. Ce sera chose faite dimanche soir sur le plateau de TF1 où Nicolas Sarkozy a table ouverte comme dans un restaurant chic du 16e arrondissement parisien. Un discours ferme rappelant la réalité d’une guerre qui nous est faite et sur l’obligation de répondre à nos assaillants autrement que par des commémorations, certes nécessaires mais ô combien insuffisantes. Le ton est solennel et posé. Le vocabulaire choisi, le tic nerveux maitrisé. Les formules choc fusent. Je n’en relève volontairement qu’une : ‘’Ce sera eux ou nous !’’. 

Le message est on ne peut plus clair : La guerre est déclarée.

 

Faut-il s’inquiéter de l’instrumentalisation du religieux dans le discours politique ?

 

Il y a quelques semaines, on apprenait que les intégristes catho de Civitas allaient former un parti politique pour présenter un candidat à la présidentielle de 2017. Un ‘’Parti Chrétien’’ - version Christine Boutin mais en pire - en réponse au ‘’Parti Musulman’’ crée en 2012 et nourrissant lui aussi des ambitions présidentielles. 

Aujourd’hui, alors que des crimes terribles ont été commis au nom d’un ‘’Islam radical’’ (ce sont les mots utilisés par tous les commentateurs), le pouvoir politique se réfugie dans un repli identitaire qui n’aura pour effet que de cliver un peu plus des populations déjà affaiblies par la précarité et les difficultés du quotidien.

 

Politique et religion n’ont jamais fait bon ménage. Nos livres d’histoire en témoignent. En laissant la religion s’immiscer dans la sphère politique, nos responsables au pouvoir jouent un jeu dangereux qui pourraient nous mener droit à une guerre de religion moderne dont la France ne sortirait pas indemne.

 

C'est très précisément le piège tendu par Daech. 

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