Macron ou Le Pen ?

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    A moins d'un an de l'élection présidentielle, une tendance semble se confirmer. Le deuxième tour devrait se jouer à huis clos entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les ‘’sortants de 2017’’. Une configuration jugée confortable pour le chef de l’état, persuadé de bénéficier de la protection du ‘’front républicain’’. Mais l’enquête d’Harris Interactive nous livre d’autres enseignements.

   Pour la première fois, Marine Le Pen devance le président sortant avec 26% au premier tour contre 24% pour Emmanuel Macron. Au second tour, la victoire du chef de l’état serait extrêmement serrée. Finis les 66% de 2017. Oubliés les 82% de Chirac en 2002. Avec 52% contre 48%, la victoire se jouera dans un mouchoir de poche.

   Cette fois c’est certain, le FN ne fait plus peur. 

   

Le sondage montre par ailleurs l’absence totale d’opposition crédible. Aucun candidat, à droite comme à gauche, ne semble en mesure de perturber l’affrontement prévu. Xavier Bertrand et Valérie Pécresse s’en sortent le mieux avec respectivement 16% et 14% des intentions de vote. Derrière, c’est la Bérézina. Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot obtiennent péniblement 10% tandis qu’Anne Hidalgo et Nicolas Dupont-Aignan émergent à peine du naufrage avec 7% des suffrages. 

   L’autre enseignement de ce sondage confirme le refus des électeurs de revivre en 2022 le match de 2017. Selon les enquêteurs, la proportion de personnes n’exprimant pas d’intention de vote au premier tour - comptant donc s’abstenir, voter blanc ou voter nul - atteint un niveau nettement supérieur à celui observé lors du 1er tour de la présidentielle de 2017. En d’autres termes, les Français ne souhaitent voir ni Marine Le Pen ni Emmanuel Macron au second tour de 2022. Ils refusent d’être les cons d’un dîner dont ils n’ont pas choisi le menu. Cette proportion grandissante d’électeurs qui rechignent à accorder leur voix par défaut montre l'essoufflement du ‘’vote utile’’ anti-Marine Le Pen. C’est pourtant sur ce pari hasardeux que repose la stratégie présidentielle pour le second tour. Or, si l’on peut être certain de la mobilisation de l’électorat du Rassemblement National, c’est précisément l’absence de mobilisation en faveur des autres candidats qui pourrait faire basculer le résultat. Marine Le Pen n’a pas besoin de conquérir de nouveaux électeurs. Il suffit que le niveau d’abstention au second tour atteigne les niveaux observés lors des derniers scrutins locaux pour qu’avec un même nombre de votants, sa traduction en pourcentage devienne majoritaire. Il en est ainsi de la mécanique comptable des pourcentages.

    Les Français pourraient-ils échapper à la fatalité d’un duel Macron - Le Pen ? 

La réponse pourrait venir d’un autre sondage de 2017. Selon cette étude, si les Français en avaient eu la possibilité, près de 40% d’entre eux auraient préféré voter ‘’blanc’' plutôt que de voter pour un des 11 candidats en compétition. Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon (44%) et de Marine Le Pen (35%) auraient même été les plus enclins à utiliser le vote blanc pour exprimer leur opposition au système. Le sondage avait été repris par quelques médias qui s’accordaient sur l’intérêt démocratique d’une telle mesure. Vous trouverez en fin d'article le lien l’émission BFMTV au cours de laquelle j’avais été invité pour en commenter les résultats. L’analyse de l’Ifop était une véritable bombe électorale. Elle révélait purement et simplement que le vote blanc au premier tour constituait un barrage aux extrêmes qui se nourrissent principalement de la colère des électeurs. Elle venait par ailleurs confirmer une autre étude de l’Ifop estimant ma propre candidature en 2017 à 10% d’intentions de votes. 

   La reconnaissance du vote blanc au premier tour de la présidentielle aurait donc pour effet d’agir comme un filtre démocratique en ne laissant passer au second tour que les deux finalistes ayant reçu le plus de votes d’adhésion à leurs programmes. Elle écarterait les candidatures d’opposition construites uniquement sur le sentiment de ras-le-bol national et éviterait à l’ensemble des Français de vivre pendant 5 ans avec les conséquences d’un choix funeste effectué par défaut ou par dégout. Elle faciliterait enfin l’émergence d’une candidature citoyenne, atypique et en rupture avec le casting habituel, aujourd’hui rejeté par la majorité des électeurs.

    Le 26 février 2019, j’avais été reçu à l’Elysée pour défendre le vote blanc comme une solution constructive et bénéfique pour tous. En dépit de tous les arguments qui plaident objectivement pour sa reconnaissance, et dans un excès d’aveuglement qui le caractérise parfois, Emmanuel Macron avait préféré une autre solution, celle où il affronterait Marine Le Pen, certain de l’emporter à nouveau contre l’épouvantail crée par ses prédécesseurs. 

   Plus que jamais, le pari d’Emmanuel Macron apparait bien incertain. Seule la reconnaissance du vote blanc au premier tour apportera la garantie d’un second tour respectueux de l’opinion de tous. 

    Il est encore temps, monsieur le Président !

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