Primaires Citoyennes, attention danger !

Publié le 2 juillet 2017

Si vous vous intéressez un tant soit peu à la chose politique, vous aurez certainement entendu parler des différentes primaires dites "citoyennes" qui se profilent à l'horizon 2017.

 

Je pense notamment à des projets comme laprimaire.org, laprimairedesfrançais.fr et lavraieprimaire.fr qui représentent les trois principales offres de ce type.

Reposant sur le principe de démocratie participative régulièrement vanté par le monde politique sans jamais être réellement mis en oeuvre, ces primaires se veulent une réponse non partisane à des partis politiques qui ont confisqué l’élection présidentielle au profit de leurs seuls candidats.

Au vu du peu d’attractivité de l’offre politique traditionnelle, je ne peux qu’encourager ces initiatives.

 

Pour autant, si de tels projets correspondent à une attente légitime des électeurs souhaitant libérer l’offre politique du carcan des partis, il ne faudrait pas qu’ils deviennent, sans le savoir, des instruments de conquête du pouvoir servant l’ambition de personnalités politiques de second plan flairant le bon ‘’coup’’ à jouer. Car parler de primaires citoyennes ne signifie pas uniquement « primaires où les citoyens vont désigner leur candidat ». Ça, c’est déjà ce qui se passe - du moins officiellement - au sein des grosses écuries politiques. 

L’intérêt majeur - pour ne pas dire unique - de ces primaires, c’est bien de permettre l’émergence de nouveaux talents qui ne seraient pas issus d’un sérail politique totalement, et à juste titre, discrédité. Cela signifie donc que pour être crédible et représentatif d’une volonté populaire qui s’exprime, ce processus citoyen ne peut être ouvert à des professionnels de la politique qui ont déjà eu l’occasion de prouver leur ‘’talent’’ à travers les divers mandats qu’ils auraient déjà exercé. 

 

Et c’est bien là que le danger rode. Ce danger, ce sont tous ces pro du mandat, ces anciens qui n’arrivent pas à revenir mais qui se verraient bien en haut de l’affiche en restant à l'affut de la moindre opportunité pouvant servir leur ambition. Ils sont nombreux ces second couteaux du suffrage universel qui ne renoncent devant aucun compromis, passent sans état d’âme d’une étiquette à une autre tout en se drapant dans l'intérêt des citoyens comme un étendard vertueux. Il ne fait aucun doute qu'ils verront dans ces primaires citoyennes une occasion inespérée de gagner la légitimité populaire qui leur fait défaut et que la voie naturelle du jeu des alliances et des petits calculs entre amis leur ont jusque-là interdit. 

Il est évident que permettre à ces professionnels d’investir un processus citoyen aurait pour conséquence de dénaturer radicalement l'esprit de primaires qui n’auraient alors plus rien de ‘’citoyennes’’.

 

Il ne faudrait donc pas se tromper de projet. L'émergence de projets novateurs, non marqués idéologiquement, impose de se libérer totalement du casting dépassé auquel les électeurs ne font plus confiance. 

Voilà la véritable ambition que devrait afficher une primaire réellement citoyenne.

 

Mais au-delà de son origine - politique ou civile -, cette quête du candidat idéal tombe dans le piège dans lequel tous les partis se vautrent allègrement et pose une question de fond : l’Homme providentiel.

En effet, depuis 1965, date des premières élections, nous élisons une figure emblématique, un héros charismatique, une icône en laquelle nous voulons croire pour nous sauver, nous, simples électeurs. Ce réflexe culturel est un des dommages collatéraux d’une Ve République pensée et écrite autour du Général de Gaulle. Aujourd’hui encore, la culture de l’homme providentiel continue à hanter nos pratiques électorales. Il parait pourtant évident qu’un simple changement de visage à la tête du pays ne changera rien à la crise économique, sociale et surtout politique, que nous traversons.

N’est-il pas illusoire de s’obstiner à chercher un hypothétique candidat miracle capable de résoudre à lui seul tous les maux de notre société ? Va-t-on enfin admettre que le ‘’Messie’’ politique n’existe pas mais que nous devons penser l’exercice du pouvoir de façon collective ?

En alimentant cette règle absurde de la personnalisation du pouvoir, les primaires citoyennes tombent dans le piège tendu par une Constitution dépassée et inadaptée à l’évolution de notre société. Elles ne font qu’apporter une réponse aux conséquences d’un modèle politique défectueux mais ne s’attaquent pas aux causes réelles de ce dysfonctionnement. 

 

Je pense pour ma part que notre priorité ne devrait pas se focaliser aveuglement sur le casting des candidats mais plutôt sur la nécessité de réformer l’ensemble de l’institution politique. Je rejoins ainsi l’analyse (1) de mon ami André Bellon et pose à mon tour cette question : Et si la Présidentielle était davantage un problème qu’une solution ? 

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