Régionales 2015, l'Amer monte

Publié le 2 juillet 2017

En arrivant en tête dans 6 régions sur 13, le "Ras-le-bol National" sort grand vainqueur de ce 1er tour régional. Peut-on raisonnablement s'en étonner... 

Mais cette victoire n'est pas celle du Front qui n'a de national que l'exaspération des électeurs vis-a-vis d'une classe politique totalement déconnectée de ses préoccupations.

Car parler de victoire, ç'aurait été celle d'un programme, de mesures concrètes, des solutions innovantes. Parler de victoire, ç'aurait été comparer les propositions des candidats en lice, en débattre et les imposer. Or, quel a été le programme économique ou culturel régional du FN ?

Personne ne le sait vraiment, et d'ailleurs tout le monde s'en fout ! 

Le FN dénonce, vocifère, s'indigne, crie au scandale, pointe des coupables tout désignés. Mais pour ce qui est des propositions, on repassera. Et après tout il a bien raison, car à quoi bon prendre la peine de proposer quelque chose quand il est si facile de dénoncer les échecs et les insuffisances de ceux qui tiennent le pays depuis si longtemps. 

 

Et ça marche ! 

Dans ce scrutin local aux enjeux nationaux, le succès de Marine est donc avant tout le désaveu des François, Nicolas, Xavier, Martine, Christian et tous des autres. Une raclée de plus pour le PS, grand absent du second tour. Une grande claque pour Les Républicains qui, après 3 années de pouvoir Socialiste très contesté, n'ont pas su s'imposer comme l'alternative politique promise. 

L'amer monte, certes, mais la vague ''bleu Marine'' n'a rien du raz-de-marée annoncé. Avec ses 6 018 775 voix, le FN se maintient au niveau des 6 421 426 électeurs de la dernière Présidentielle. Si j'étais un homme politique, je pourrais même dire, avec cette pointe de cynisme et de mauvaise foi qui les caractérisent, qu'il est en perte de vitesse... 

Non, l'électorat Frontiste n'augmente pas. Mais contrairement aux autres formations politiques, cet électorat sait se mobiliser à chaque scrutin avec la même constance, la même régularité. Un électorat qui répond présent tandis que les autres partis voient leurs électeurs déserter les isoloirs. Par effet mécanique, ce ne sont donc pas les voix FN qui augmentent, c'est son pourcentage, entrainant dans sa progression la déroute inversement proportionnelle des partis dits de gouvernement. 

Il suffit d'ailleurs de tendre l'oreille et d'écouter la rue : « On en a marre d'être pris pour des cons », « Ils sont nuls, ils font la même politique depuis 40 ans », « On a qu'à essayer le FN, de toutes façons ça pourra pas être pire ! ».

C'est ça, le message de ce 1er tour. 

 

C'est un peu l'histoire de Frankenstein.

En croyant pouvoir utiliser politiquement le Front National, le PS de François Mitterand avait laissé grandir un épouvantail destiné à rabattre les électeurs dans le droit chemin. Une politique de la peur toujours d'actualité. Nombres de responsables politiques ont pris l'habitude d'agiter le risque FN comme on agite un chiffon rouge sous les yeux encore crédules de citoyens infantilisés.

Dans une surenchère de fléaux en tous genres, ils promettent aux électeurs les pires catastrophes sociales ou économiques, allant jusqu'à annoncer une guerre civile. On se demande à quand la pluie de sauterelles ?!

 

Mais le FN ne fait plus peur. Ils sont nombreux, désormais, à le considérer comme une alternative crédible aux échecs successifs des formations traditionnelles. Et comme dans le roman de Mary Shelley, le monstre s'est retourné contre celui qui l'avait créé et grassement alimenté depuis 40 ans. Malheureusement, comble d'impuissance ou manifestation d'une complicité tacite, les partis n'ont rien trouvé de mieux pour contrer la ''bête'' que d'inventer un autre monstre : le front républicain. Un autre ''front'' qui, en réponse à l'absence de propositions de l'extrême droite, ne peut offrir qu'un vide absolu de solutions. 

Un seul programme : battre le FN. Un seul mot d'ordre : sauver nos sièges ! Pour les idées de fond, une fois de plus, on repassera...

Décidément ils n'ont rien compris. Car ce front républicain qui consiste ni plus ni moins à ''s'allier en décembre avec ceux qu'on a insulté les 11 mois précédents'' est très précisément ce que les électeurs rejettent. Et ils ne sont plus dupes de la mascarade dont ils sont à la fois les complices et les victimes. Le message de dimanche résonne comme un coup de semonce. Un de plus. 

C'est ça aussi, le message du 1er tour. 

 

Au delà des commentaires attristés de circonstance, toujours les mêmes depuis 30 ans que le FN monte, il me semble opportun de rappeler la cruelle réalité des chiffres : 27,7% des suffrages exprimés, c'est le score du Front National. Un résultat qui passe à 13,3% des inscrits si on prend en considération l'abstention, les votes blancs et les nuls. 

Ramené à l'échelle  du pays, il ne représente plus que 9% de la population, posant inévitablement la question de la représentativité des partis.

C'est surtout ça, la leçon du 1er tour. 

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