Vous avez tous entendu cette phrase au moins une fois dans votre vie : ''Tout le monde peut être candidat aux élections''.

Certains professionnels de la politique abusent même de cette réthorique en jugeant utile d'ajouter : ''si l'offre politique ne vous convient pas, rien ne vous empêche de créer votre propre parti''. 

S'il est vrai qu'en théorie, rien n'interdit au citoyen lambda de présenter sa candidature à une élection, la pratique, elle, nous montre que la théorie atteint rapidement ses limites.

Publié le 2 juillet 2017

Régionales 2015, l'esprit de Coubertin

Savez-vous par exemple que ce sont les candidats qui doivent fournir leurs propres bulletins de vote ? Non, l'état ne fournit rien. L'état met juste à la disposition des candidats sa puissance logistique - du moins en théorie - afin que les bulletins soient correctement acheminés dans tous les bureaux de vote. Mais c'est bien aux candidats eux-mêmes de financer, à leurs frais, l'impression et la fabrication des millions de bulletins de vote ; ceux qui seront utilisés le jour du scrutin mais aussi ceux que vous trouverez dans vos boites aux lettres quelques jours avant le scrutin. Sachant que la France compte 44,6 millions d'électeurs, je vous laisse consulter les sites d'imprimeur en ligne pour vous faire une idée des sommes en jeu. 

Bien entendu, rien n'oblige les candidats peu fortunés à fournir des bulletins de vote le jour de l'élection, mais à quoi bon être candidat s'il est impossible d'être élu ?  Dans ce cas, inutile d'attendre le dépouillement du dimanche soir pour connaitre leur résultat. Ce sera 0% ! 

 

Pour les partis traditionnels, cet obstacle financier ne pose aucune difficulté, et pour cause ! Dans la mesure où ils sont assurés d'atteindre les seuils de remboursements fixés par le Ministère de l'Intérieur (3% ou 5% selon les scrutins), ils n'ont aucune peine à avancer des sommes qu'ils seront certains de retrouver intégralement. D'autant que ces fonds proviennent en grande partie du financement public que la loi leur accorde. En d'autres termes, leurs bulletins de vote sont financés par vos impôts ! Ne rigolez pas, c'est avec votre argent, comme dirait Coluche...

Pour les petits candidats en revanche, c'est une autre histoire car pour eux, pas question de financement public. L'argent, c'est de leur poche qu'il sortira. Il n'est donc pas rare que certains candidats ne puissent respecter que partiellement les consignes imposées par la préfecture. Ce sera le cas par exemple de la liste FLUO, une liste citoyenne, sans attaches partisanes, qui se présente en IDF pour y défendre avec enthousiasme une forme d'idéal démocratique et humaniste. Pour mes amis FLUO, comme pour de nombreuses autres listes indépendantes dans d'autres régions, la seule solution pour participer aux Régionales sera de faire l'impasse sur les circulaires destinées aux boites aux lettres, limiter la production de tract et affiches, et réduire de moitié la quantité de bulletins de votes disponibles dans les bureaux de vote.  Quand l'esprit de Coubertin s'immisce dans la démocratie...

Face à de telles contraintes financières, on comprend mieux pourquoi ce sont toujours les mêmes qui se présentent. En fait, ce sont les seuls à pouvoir le faire ! Mais ce filtre financier est-il réellement fidèle à l'esprit de la démocratie ? La valeur des idées se mesure t-elle à la capacité financière de celui qui les porte ? Sélectionner les candidats sur ce critère est-il réellement représentatif de l'ensemble de la population ?

Nombre de commentateurs s'accordent à admettre que notre système politique est bien plus proche d'une oligarchie que d'une véritable démocratie.

Mais cette oligarchie des riches, qui établit les règles et verrouille les élections à son seul profit, porte un nom : c'est une ploutocratie. 

 

Une solution existe cependant. Une solution déjà pratiquée ailleurs, comme aux Etats-Unis par exemple. Cette solution, c'est le bulletin de vote unique.

En effet, en portant les noms de tous les candidats sur le même bulletin de vote, tous seraient traités avec équité et impartialité. L'électeur, et non plus le banquier, serait seul juge de la pertinence de tel ou tel projet politique.

Par ailleurs, en utilisant le même bulletin pour tous les candidats, l'Etat ferait des économies considérables car au lieu de rembourser chaque candidat ayant atteint les seuils de remboursement (7 listes ont dépassé les 3% aux dernières Européennes), il n'aurait à payer qu'une seule fois les millions de bulletins nécessaires à tous les candidats.

Enfin, ce bulletin unique serait une solution écologique car en limitant la diversité des bulletins, inutile de sortir de Math Sup' pour imaginer les formidables économies de papier ainsi réalisées. Un argument de poids au moment où les grands de ce monde sont réunis à Paris pour tenter de sauver notre planète. Et s'ils donnaient l'exemple ? Chiche !

 

Permettre au plus grand nombre de s'impliquer en participant directement à la vie politique du pays est un gage de vitalité de nos institutions. Dès lors, par ses aspects économiques, écologiques et démocratiques, le bulletin de vote unique s'impose comme une solution éthique garantissant une égalité des chances entre tous les candidats. Reste à savoir si les responsables politiques à qui profite le système actuel qu'ils ont conçu pour eux-mêmes trouveraient un quelconque intérêt à le rendre plus juste, plus équitable et surtout moins onéreux. Mais comme le rappelait fort justement François Hollande : ''ça ne coûte rien, c'est l'état qui paye !''

Ceci explique sans doute cela.

 

 

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