Une Souris au royaume des Chats

   Il y a deux façons de concevoir la démocratie. La première repose sur le principe que les citoyens ont le pouvoir de désigner ceux qui exercent des responsabilités publiques. Cette définition est celle de la démocratie telle que nous la connaissons aujourd’hui. Les partis politiques désignent leurs candidats ; les électeurs choisissent l’un d’entre eux.

  A 500 jours du 1er tour de la présidentielle de 2022, de nombreuses personnalités ont déjà annoncé leur intention de se placer sur la ligne de départ. Certaines y pensent, d’autres réfléchissent au meilleur moment d’annoncer officiellement ce que tout le monde sait déjà, d’autres encore font semblant de ne pas y penser tout en laissant planer le doute. Si la multiplicité des candidatures fait partie intégrante du folklore électoral, les annonces de ces aspirants au pouvoir, qu’elles soient officielles ou simplement pressenties, sont loin de susciter l’enthousiasme populaire : Xavier Bertrand, Jean-Frédéric Poisson, Jean Lassalle, Valérie Pecresse, Nicolas Dupont-Aignan, Rachida Dati, François Asselineau, Ségolène Royale, Jean-Luc Melenchon, Bruno Retailleau, Yannick Jadot ou encore Anne Hidalgo constituent le plus gros du casting attendu de 2022. Avouez qu’il y a de quoi rêver…

   Le scrutin devrait donc se limiter à un remake de 2017. Les mêmes candidats, les mêmes idéologies, les mêmes clans, la Droite contre la Gauche, les bleus contre les rouges, les gentils contre les méchants, le bien contre le mal. Les mêmes affrontements factices joueront le spectacle d’une opposition de premier tour pour mieux se retrouver au second dans une forme d’union nationale. Il est évidemment prématuré pour présumer de l’étendue du désastre. Il n’en demeure pas moins qu’en l’état des prévisions raisonnables, ce casting désespérant de seconds couteaux ne risque pas de mobiliser les foules avec passion vers les isoloirs. Pour de nombreux électeurs, l’enjeu de 2022 se résumera donc en cette problématique : accepter d’en reprendre pour cinq ans avec Emmanuel Macron ou céder au grand frisson en accordant à Marine Le Pen le bénéfice du « elle au moins, on n’a jamais essayé ».

   Contrairement à cette vision purement politicienne, nous pouvons considérer que la démocratie ne se limite pas à choisir tous les 5 ans entre une erreur et une bêtise. C’est un système où tous les citoyens sont en capacité d’exercer des responsabilités publiques. Cette définition est celle d’une réelle démocratie. Elle permet à chaque citoyen, s’il en exprime la volonté, d’être désigné afin d’exercer une responsabilité politique sans avoir à prostituer sa citoyenneté par l’achat d’une carte d’un parti. Cette nuance peut paraître anecdotique. Elle est pourtant essentielle. La démocratie n’est pas seulement un système dans lequel chacun peut voter ; c’est avant tout un système dans lequel chacun peut être élu…et ça, ça change tout !

  

   Faire émerger une petite Souris et la propulser au rang de candidate de la Nation relève d’un pari un peu fou. Si les difficultés sont avérées, l’exemple de l’Islande prouve cependant qu’il est possible de franchir avec succès tous les obstacles qui se dresseront immanquablement sur sa route. Le 25 juin 2016, alors que toutes les caméras d’Europe n’avaient d’yeux que pour leurs équipes de football nationales, les Islandais ont désigné leur nouveau président. Gudni Johannesson, c’est son nom, était pourtant un simple professeur d’histoire de 48 ans, un citoyen lambda, non-encarté et néophyte en politique.

   "Rendre le citoyen acteur de son destin" est une revendication populaire portée par de nombreuses associations et personnalités de la Société Civile. 78 % des Français se disaient prêts en 2017 à voter pour un candidat qui ne serait « ni issu ni soutenu par un parti politique ». Si 'ton veut éviter que cette revendication se transforme en épitaphe sur le tombeau de la démocratie, il nous appartient de nous rassembler et de bâtir cette alternative citoyenne.